22
Jeffrey Bains passait maintenant le plus clair de son temps devant son écran d’ordinateur à surveiller les faits et gestes de Terra Wilder. Il avait intercepté ses messages à Chris Dawson et, tout dernièrement, ses tentatives d’accéder aux dossiers privés de certains ingénieurs de la NASA. C’est avec grand intérêt que le docteur Reiner lut le rapport de son jeune assistant, ainsi que les messages échangés entre Terra et Chris. Il semblait évident que le Hollandais tentait de s’informer de la composition de ses jambes bioniques par d’autres chemins. Mais Dawson était un spécialiste des communications : il ne possédait pas les informations qu’il cherchait.
Michael mentionna ce problème au général Howell. Le militaire choisit deux ingénieurs des services secrets qu’il préparerait en vue de répondre aux nombreuses questions de Terra Wilder. Ils ne devaient surtout pas le laisser se rendre jusqu’aux données qui lui révéleraient la vérité à son sujet. Il fallait que ces deux hommes parviennent à apaiser à la fois sa curiosité et ses craintes.
Le général accepta aussi de laisser Terra jeter un coup d’œil au projet Procyon, qui contenait les renseignements fournis aux savants qui travaillaient aux plans de la nouvelle station spatiale. Michael décida de prendre les devants avant que l’astrophysicien ne creuse trop loin. Il l’appela pour lui donner les noms des deux ingénieurs qui avaient conçu ses jambes.
— Seulement deux personnes ont travaillé à ce projet ? s’étonna Terra.
— Non, il y en avait onze, répondit prudemment Michael.
— Alors, donne-moi au moins trois noms.
— Pourquoi es-tu sur la défensive, Terra ?
— Parce que tu n’as donné au docteur Penny aucun des renseignements qu’il t’a demandés et parce que tu te dérobes chaque fois que je te pose une question sur mes jambes. Je sens que tu me caches quelque chose.
— Écoute, mon ami, les renseignements que vous réclamez sont tops secrets. Je dois obtenir un nombre incroyable de permissions pour pouvoir vous les transmettre. Les règlements n’ont pas changé, ici, tu sais.
Terra se souvenait parfaitement du cadre rigide dans lequel on l’avait forcé à travailler. Michael avait sans doute raison. Il communiqua avec les deux ingénieurs en question et constata très rapidement qu’ils lui donnaient les mêmes réponses, comme des messages enregistrés. Dès qu’il s’aventurait un peu plus loin, ils prétendaient que l’information qu’il désirait n’était pas disponible. Après le dernier courrier électronique, Terra comprit que les militaires avaient rédigé pour eux le texte qu’ils devraient réciter.
Il se doutait bien que l’armée surveillait son ordinateur personnel à distance, mais il n’y avait qu’une façon de s’en assurer. Il retourna dans les fichiers que le deuxième ingénieur avait ouverts pour lui et laissa son ordinateur en fonction, comme s’il prenait le temps de tout lire attentivement. Puis il se fit conduire par Amy au café Internet du centre commercial de Little Rock.
Elle l’accompagna, curieuse d’assister à sa petite expérience. Il trouva rapidement les fichiers d’un ingénieur dont Michael ne lui avait pas donné le nom, mais qu’il avait rencontré lors de son séjour à l’hôpital au Texas. Le docteur Zaitchenko avait été le seul savant à lui rendre visite entre ses nombreuses chirurgies et à lui expliquer son invention. C’était un homme un peu plus âgé que lui, un fantastique esprit scientifique, mais qui oubliait facilement les choses de la vie quotidienne. Le système exigea aussitôt un mot de passe. Terra tapa STALIN dans la petite boîte blanche et réussit à s’infiltrer dans les dossiers personnels de l’ingénieur médical.
— Mais comment as-tu eu ce code ? s’étonna Amy.
— Le docteur Zaitchenko est un génie, mais il n’arrive jamais à se souvenir des noms ou des dates, alors il les cache dans sa corbeille. C’est lui-même qui me l’a dit quand je vivais à Houston.
Il fit rapidement défiler les sous-fichiers pour ne pas être surpris, jusqu’à ce qu’il trouve ce qu’il cherchait : les plans des circuits implantés dans ses rotules. Il les copia sur une disquette et mit prestement fin à la communication. Il rappela ensuite le contenu de la disquette sur le disque dur de l’ordinateur et la retira du lecteur. En la remettant à Amy, il lui dit qu’elle devait la cacher une fois à la maison. Elle la fit d’abord disparaître dans son sac à main.
Terra se mit alors à cliquer sur toutes les sections et sous-sections du fichier pour se familiariser avec les différentes fonctions de ses implants. Son visage devenait de plus en plus soucieux. Amy finit par demander ce qui l’inquiétait de la sorte.
— Ce ne sont pas des puces destinées à motiver la croissance de mes nerfs. Ce sont des systèmes de repérage comme ceux qu’on utilise pour suivre les migrations des animaux par satellite.
Tout devint alors très clair dans son esprit. Lorsqu’ils l’avaient laissé quitter Houston, ils s’étaient assurés de ne pas le perdre de vue ! Terra poursuivit plus avant son étude. Il ouvrit une autre boîte d’information et en lut rapidement le contenu. Il se tourna soudain vers Amy, les yeux remplis de frayeur.
— Quoi ? le pressa-t-elle.
Il pointa d’un index tremblant la boîte qu’il venait d’ouvrir. Elle parcourut aussi les quelques lignes avec curiosité. POURRAIT ÊTRE ÉVENTUELLEMENT UTILISÉ COMME RELAIS ENTRE L’ORDINATEUR CENTRAL ET L’INTERFACE NERVEUX. C’était peut-être clair pour lui, mais pas pour elle.
— Ils ont installé ces circuits dans mes genoux dans l’espoir de pouvoir un jour avoir directement accès à mon cerveau, murmura-t-il en essayant de ne pas paniquer.
— Donc, ce sont eux qui sont responsables de tes douleurs à dix-huit heures tous les jours ?
— Probablement, mais ce qui me fait vraiment peur, c’est qu’ils pourraient aussi s’en servir pour accéder directement à mes idées.
— Alors, il faut t’enlever ces machins tout de suite.
Pendant qu’Amy le conduisait à l’hôpital de Little Rock, le professeur Zaitchenko appelait Michael Reiner pour l’informer que quelqu’un s’était infiltré dans ses fichiers. Cette personne avait même trouvé ses mots de passe sans aucune difficulté. Michael sut aussitôt qu’il s’agissait de Terra.
Il communiqua avec son jeune assistant, qui l’assura que l’ordinateur de l’astrophysicien était pourtant toujours ouvert dans un fichier où il avait le droit de fouiller. Cela voulait donc dire que le Hollandais avait compris qu’il était sous surveillance et qu’il avait utilisé un autre ordinateur pour faire des recherches plus poussées. Michael soupira profondément : il serait bientôt obligé de le remettre entre les mains des militaires.
Amy n’avait jamais vu Terra dans une telle colère. Il était à ce point furieux contre l’armée qu’il marchait encore plus rapidement qu’elle dans les couloirs de l’hôpital. Il poussa la porte du bureau de Donald sans frapper et entra, Amy sur ses talons. Donald, qui était au téléphone, s’excusa auprès de son interlocuteur et raccrocha.
— Je veux que tu retires ces circuits de mes genoux maintenant ! lui ordonna Terra.
— Terra, nous avons déjà discuté des risques de cette opération.
— Le vrai danger, ce n’est pas l’opération ! Les circuits que les médecins militaires ont installés dans mes jambes sont destinés à leur donner accès à mon cerveau ! Quand ils découvriront que j’ai utilisé l’ordinateur du café Internet pour aller lire des renseignements secrets, ils n’hésiteront pas à utiliser ces circuits contre moi !
Donald scruta son ami, manifestement angoissé. Cette chirurgie était certes risquée, mais il ne pouvait pas non plus le laisser devenir une marionnette entre les mains des militaires.
— Très bien, déclara-t-il, finalement. Tu vas retourner chez toi et te reposer. Ne mange plus et reste bien tranquille. Je vais rassembler une équipe de chirurgiens et nous allons trouver une façon de retirer ces circuits sans endommager tes rotules.
— Quand ?
— Dès que ce sera possible. Cette nuit, s’il le faut.
Donald recruta rapidement trois chirurgiens désireux de venir en aide à l’homme qui faisait des miracles à Little Rock. Il les rencontra une heure plus tard devant les nombreuses radiographies qu’ils possédaient des genoux du Hollandais, ainsi que des résultats des ultrasons. Ils discutèrent de la procédure à suivre et décidèrent de la tenter dès qu’ils auraient contacté l’anesthésiste.
Chez lui, Terra était dans un état lamentable. Assis sur le sofa du salon, il tremblait comme une feuille. Amy devina qu’il était nerveux à l’idée de subir une autre opération.
— Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux, mon chéri ?
— Oui ! s’exclama-t-il. Je refuse d’être l’esclave de ces hommes ! Je suis un citoyen libre et je veux servir librement l’humanité !
— Je t’en prie, calme-toi.
— Ils m’ont ordonné de mettre à mort le Fils de Dieu pour le bien commun ! Que vont-ils me demander, cette fois-ci ?
— Terra, tu n’as rien à craindre. Donald ne laissera rien t’arriver.
— Je mérite de mourir après ce que j’ai fait !
Il éclata en sanglots. Amy déploya des trésors de tendresse pour le rassurer. Il était tout à fait normal qu’il ait peur, mais elle resterait avec lui pendant l’opération et la convalescence. Le téléphone sonna. Pendant qu’elle allait répondre, Terra essuya ses yeux et s’assit devant son ordinateur.
C’était sa recherche qui intéressait les militaires. À cause d’elle, ils étaient prêts à le transformer en légume. Il n’avait donc qu’à la faire disparaître pour qu’ils le laissent tranquille. Il rappela la liste de ses fichiers à l’écran. Sans hésiter, il les supprima en bloc.
À Houston, Jeffrey Bains se redressa sur sa chaise. Comment cet astrophysicien osait-il détruire ainsi son travail ? Il s’empressa d’ouvrir le programme d’urgence, que lui avaient procuré les militaires, et pressa la clé d’activation.
Terra Wilder ressentit une douleur vive dans ses deux genoux. Il poussa un cri déchirant et bascula sur le sol avec la chaise. Amy laissa tomber le téléphone pour se précipiter à son secours. Terra se tordait en hurlant. Elle détacha son col et essaya de l’immobiliser en lui maintenant les épaules au sol, mais il continuait de se débattre comme un homme en train de se noyer. Puis, soudainement, il se figea et son visage changea de couleur.
— Terra ! cria Amy en le secouant.
Elle chercha son pouls, en vain. Elle sauta sur le téléphone pour appeler une ambulance, mais, à l’autre bout du fil, Nicole l’avait déjà fait sur son téléphone cellulaire. Amy massa frénétiquement le cœur de son époux jusqu’à l’arrivée des infirmiers, qui prirent la relève.
Terra fut finalement ranimé dans l’ambulance. À l’hôpital, Donald Penny l’attendait avec impatience. Il examina ses jambes en écoutant le rapport des ambulanciers. Les genoux du Hollandais étaient brûlants. Les circuits à l’intérieur de ses rotules avaient-ils explosé ? Il devait les lui retirer, mais son cœur était trop faible pour l’anesthésie. Alors qu’il tentait désespérément de prendre la bonne décision, le cœur de Terra cessa de battre à nouveau.
— Merde, Wilder ! hurla Donald en recommençant le massage cardiaque. Tu ne peux pas me faire ça ! Tu n’es pas encore monté sur un voilier ! Tu n’as pas encore nagé avec les dauphins ! Et nous voulions te faire une surprise cet été et t’emmener à Disneyland avec Amy !
Il demanda à une infirmière d’appeler le docteur Reiner d’urgence. C’est alors qu’une belle dame apparut de l’autre côté de la civière. Elle portait une robe de soirée et ses longs cheveux tombaient en cascade sur ses épaules.
— Laissez-moi faire, dit-elle à Donald, d’une voix très douce.
Le médecin, effrayé, lui céda sa place. Sarah n’avait pas de temps à perdre. Elle devait ramener l’âme de Terra dans son corps avant qu’il soit trop tard. Elle posa une main sur son front et l’autre sur sa poitrine. Terra fut secoué d’un spasme violent. L’électrocardiogramme indiqua aussitôt un pouls régulier.
— Je vous en prie, faites arrêter le programme d’urgence, dit-elle à Donald avant de se dissiper.
Les infirmières firent le signe de la croix en disant que c’était la Vierge. On annonça alors que le docteur Reiner était en ligne. Donald fit mettre la communication sur les haut-parleurs.
— Docteur Reiner, ici le docteur Penny. Terra Wilder est arrivé ici avec tous les symptômes d’une électrocution et ses deux genoux sont bouillants. Son cœur s’est déjà arrêté deux fois et je crains qu’il ne survive pas à une troisième attaque cardiaque. Est-ce que quelqu’un à Houston sait ce qu’est le programme d’urgence ?
— Je n’ai pas la permission d’en discuter avec des étrangers, docteur Penny.
— Il est en train de mourir ! cria Donald, hors de lui.
Michael lui demanda de l’attendre sur la ligne. Il quitta son bureau d’un pas pressé. Était-il possible que Jeffrey ait activé ce logiciel sans en demander l’autorisation ? Ou avait-il reçu le feu vert des militaires ? Il fit irruption dans le petit local où le jeune homme travaillait seul et jeta un coup d’œil à son écran.
— As-tu complètement perdu la tête ? s’emporta Michael en pianotant sur le clavier.
— Il a voulu effacer ses fichiers ! se défendit Jeffrey.
— Rends-toi chez le général Howell tout de suite. Je t’y rejoindrai dans quelques minutes.
— Ce ne sera pas nécessaire, fit la voix du général sur le seuil. Que se passe-t-il ?
Michael fit volte-face. Son visage était rouge feu.
— Avez-vous demandé à monsieur Bains d’activer ce programme ? ragea-t-il.
Le général fit signe au jeune homme d’aller l’attendre dans son bureau. Jeffrey passa devant lui sans afficher la moindre culpabilité. Dès qu’il eut quitté la pièce, Michael Reiner éclata en violents reproches.
— Ce programme est destiné à servir un court avertissement à Terra Wilder s’il tente de faire quoi que ce soit d’irrationnel sur son ordinateur ! Mais ce jeune fou l’a laissé fonctionner pendant près d’une heure ! Terra Wilder est à l’hôpital et il a déjà fait deux crises cardiaques !
— Faites-le immédiatement transporter à Houston, ordonna le général.
Michael comprit que le sort de Terra n’était désormais plus entre ses mains. Il retourna dans son bureau en faisant de gros efforts pour se calmer et reprit le téléphone. Donald lui annonça qu’une équipe de chirurgiens s’apprêtait à retirer les circuits des jambes du Hollandais.
— Non ! s’alarma Reiner. Ces circuits sont équipés de mécanismes d’autodestruction ! Ils vous exploseront dans les mains et ils tueront tout le monde dans la salle d’opération !
— Ce n’est pas sérieux ? glapit Donald. Pourquoi des médecins auraient-ils mis des explosifs dans les genoux d’un homme ?
— Les militaires n’aiment pas qu’on touche à leurs affaires et les genoux de Terra Wilder leur appartiennent, docteur Penny. Un avion militaire est en route vers la Colombie-Britannique pour le récupérer.
— C’est hors de question ! Premièrement, il n’est pas en état de voyager et, deuxièmement, c’est mon patient !
— Nous seuls pouvons l’aider et vous le savez.
Donald fit signe à l’infirmière de mettre fin à la communication. Il s’assura que l’état de Terra était stable et traversa dans la salle d’attente pour expliquer la situation à Amy. Elle se rebella de toutes ses forces contre le départ de son mari. Selon elle, s’il était conscient, le Hollandais ne s’y résignerait pas. Donald partageait son inquiétude, mais ils n’avaient plus le choix. Tout comme l’avait déclaré le docteur Reiner, les ingénieurs de la NASA, étaient probablement les seuls chirurgiens au monde capables de soulager Terra des douleurs qu’il endurait quotidiennement depuis son arrivée à Little Rock. Consciente qu’elle ne pouvait plus empêcher les militaires de venir chercher son époux, Amy décida qu’il était de son devoir de l’accompagner au Texas.
Tandis qu’elle se calmait, Donald lui raconta qu’une belle dame tout en lumière était apparue au milieu de la salle d’urgence et qu’elle avait mystérieusement ranimé Terra en posant ses mains sur lui.
— C’est Sarah, révéla Amy.
— Son épouse qui est décédée ?
— Oui. Elle veille sur lui comme un ange gardien.
— Mais qui est vraiment cet homme, Amy ? s’alarma Donald. Pourquoi des anges apparaissent-ils ainsi pour lui sauver la vie ? Et pourquoi ses mains sont-elles capables de faire revivre un enfant mort ou d’aider un professeur en détresse ?
— Je me pose les mêmes questions. Terra est probablement beaucoup plus important qu’il le laisse entendre, sinon l’armée n’aurait pas dépensé des millions de dollars pour installer des systèmes de repérage dans ses jambes. Mais je ne les laisserai pas lui faire du mal, tu peux en être sûr.
— Es-tu bien certaine de vouloir aller là-bas ?
— Si je n’y vais pas, j’ai l’impression que je ne le reverrai plus jamais.
Lorsque les militaires arrivèrent, ils installèrent Terra sur une civière et le transportèrent rapidement à bord de l’avion. Après avoir inspecté les papiers d’Amy et communiqué avec le général Howell et le docteur Reiner, les soldats lui permirent d’accompagner son époux. Le voyage ne fut pas aussi long qu’elle l’avait pensé, mais Terra ne reprit pas conscience.
Une fois à l’hôpital militaire de Houston, il fut conduit dans une salle d’examen où Amy ne put pas entrer. Elle resta devant la porte à attendre de ses nouvelles. Cet établissement n’était visiblement pas un endroit public, car il n’y avait de chaises nulle part. Elle vit finalement Michael Reiner arriver au bout du couloir. Il comprenait le désespoir de la jeune femme qui attendait, appuyée contre le mur, qu’on l’informe de l’état de son mari, mais il ne pouvait plus rien faire pour Terra, sauf s’assurer qu’on le traite avec dignité.
Il invita Amy à venir prendre une bouchée avec lui à la cafétéria de l’hôpital pendant que les médecins examinaient Terra. Elle n’avait certes pas le cœur à manger, mais elle avait besoin d’obtenir des réponses à ses questions.
— Êtes-vous responsable de sa crise cardiaque ? demanda-t-elle sans détours.
— D’une certaine façon, oui. Un de nos employés, qui surveillait les activités de Terra dans le réseau informatique, a paniqué quand il s’est rendu compte qu’il était en train d’effacer ses fichiers. Il a activé le système d’avertissement installé dans ses genoux, mais j’ai bien peur qu’il ait fait preuve d’un peu trop de zèle.
— Mais pourquoi surveillez-vous Terra ?
— Son cerveau est infiniment précieux, Amy.
— Dans ce cas, pourquoi ne l’avez-vous pas gardé à Houston ?
— Parce qu’il ne pensait qu’à mourir après sa réhabilitation physique. C’est moi qui ai décidé de l’envoyer au loin pour se changer les idées.
— Pourquoi Little Rock ?
— Parce que c’est une ville isolée, sans école de haute technologie, sans université et sans laboratoire de recherche. Nous ne voulions pas qu’une autre nation essaie de lui subtiliser le fruit de son travail, mais nous ne lui avons pas fait part de nos craintes. Nous voulions surtout qu’il reprenne son équilibre en le remettant en contact avec la réalité quotidienne.
— Quel est votre rôle là-dedans, docteur Reiner ?
— Mon intérêt pour la survie de Terra Wilder a d’abord été motivé par sa réputation. Je ne voulais pas que le monde perde aussi bêtement un savant de cet acabit. J’ai insisté pour que les médecins le maintiennent artificiellement en vie et je l’ai visité tous les jours pendant son coma. Lorsqu’il a finalement ouvert les yeux, j’ai été la première personne qu’il a vue. Nous sommes devenus amis et les militaires ont voulu utiliser cette amitié. Ils m’ont expliqué que sans l’aide de Terra, ils ne pourraient pas construire la nouvelle station spatiale. Je devais donc m’assurer qu’il collaborerait avec eux lorsqu’il serait guéri. J’ai travaillé pendant des mois à stabiliser l’état émotif de Terra. Cela n’a pas été facile, entre les nombreuses chirurgies et le vide causé par la mort de sa femme. Puis il y a eu les cauchemars et les tentatives de suicide. C’est un véritable miracle que votre mari soit encore en vie aujourd’hui.
— Est-ce que vous saviez qu’on avait placé des circuits dangereux dans ses jambes ?
— Oui, et je m’y suis opposé, mais il était trop tard pour les enlever.
— Terra pense qu’ils pourraient éventuellement être utilisés pour accéder à son cerveau.
— Nous n’en sommes heureusement pas rendus là.
Michael la conduisit à la chambre où on avait installé Terra, puis se rendit au bureau du général. Kenneth Howell était debout devant la fenêtre et regardait dehors.
— Pouvez-vous nous débarrasser de sa femme ? demanda-t-il sans même se retourner.
— Si nous l’expulsons de cet hôpital ou même de ce pays, elle n’hésitera pas à s’en plaindre au Président lui-même, affirma Reiner. Terra Wilder est son époux maintenant et elle a toutes les raisons du monde de veiller sur lui.
Le général ne broncha pas, mais Michael savait qu’il était profondément contrarié par la présence de ce témoin gênant.
— Comment va le docteur Wilder ? s’enquit le médecin.
— Nous allons devoir remplacer ses deux rotules, répondit le militaire, mais cette fois-ci, nous utiliserons une technologie plus avancée et nous pourrons accéder directement à son système nerveux s’il refuse de coopérer. Dieu a donné à cet homme un cerveau exceptionnel et nous allons faire en sorte qu’il ne gaspille pas son talent.
Tant les mots du général que l’assurance avec laquelle il les prononçait firent sentir au psychiatre l’ampleur de son impuissance. Malgré tous ses efforts et toutes ses interventions, l’armée allait tout de même faire du Hollandais une marionnette vivante, qu’elle ferait danser à sa guise. Michael salua le général et quitta son bureau, tête basse.
Terra se réveilla quelques heures plus tard et trouva Amy assise près de lui. Elle effleura doucement sa joue pour lui signaler sa présence. Les traits du Hollandais exprimaient la plus complète confusion.
— Où suis-je ? murmura-t-il faiblement.
— À Houston.
— Non…
— Je suis désolée, mon chéri. Nous n’avons pas eu le choix. Les ingénieurs américains sont les seuls qui puissent désamorcer les circuits qui ont flambé dans tes genoux.
Terra secoua doucement la tête pour montrer son désaccord et perdit conscience à nouveau. Amy leva les yeux sur le sac transparent rempli de soluté, qui pendait à un crochet au-dessus de lui. Le liquide s’écoulait goutte à goutte dans le sang de Terra. Il contenait probablement un sédatif destiné à l’empêcher de souffrir.
Il ne se réveilla à nouveau que vers la fin de l’après-midi et accepta de manger un peu de potage. C’est alors qu’un jeune médecin se présenta dans la chambre. Il était petit et terriblement intimidé de se trouver en présence du célèbre savant dont tout le monde lui parlait depuis des mois. Au creux de sa main se trouvait un objet de métal brillant que l’astrophysicien reconnut aussitôt.
— Ce prototype vous assurera une plus grande mobilité, docteur Wilder, commença-t-il.
— Je ne veux rien qui sorte de vos laboratoires, l’avertit Terra sur un ton menaçant.
— Vous ne pourrez plus jamais marcher si nous ne remplaçons pas vos prothèses actuelles. Ce n’est pas une question de choix.
Le jeune homme déposa cette merveille de la technologie sur le plateau près de Terra pour qu’il puisse l’examiner de plus près.
— Nous voulons seulement vous aider à vivre une vie normale.
— En installant dans mon corps des circuits capables de briser ma volonté ?
— Il s’agit surtout de vous permettre de marcher à nouveau.
— Sortez d’ici ! hurla Terra, en furie.
L’astrophysicien saisit la rotule de métal. Le médecin eut tout juste le temps de sortir de la chambre avant que la prothèse ne s’écrase contre la porte.
— Terra ! lui reprocha Amy qui ne l’avait jamais vu faire un geste aussi agressif.
— Je ne veux pas rester ici !
Il tenta de s’asseoir, mais Amy le plaqua aussitôt dans son lit pour l’empêcher de bouger.
— Calme-toi.
— Il n’est pas question que je passe encore cinq ans dans cet endroit de malheur !
— Je suis d’accord avec toi, mais en ce moment, tu ne peux pas marcher. Les médecins n’ont pas le choix, Terra. Ils doivent remplacer tes rotules, puisque les tiennes ne fonctionnent plus. Mais cette fois, nous allons nous assurer qu’elles ne contiennent pas de dispositif électronique.
Terra arrêta de se débattre, bien qu’il fût loin d’être convaincu de pouvoir faire confiance à ces gens, après ce qu’ils lui avaient fait.
— Je vais aussi téléphoner à Donald pour qu’il nous rejoigne ici et qu’il assiste à l’opération, poursuivit Amy. De cette façon, ils ne pourront pas se jouer de nous.
Elle ramassa la prothèse sur laquelle clignotait un voyant rouge et s’émerveilla du génie des hommes qui l’avaient conçue.
— Et puis, si ce qu’ils veulent, c’est ta recherche, pourquoi ne pas la terminer et les contenter ? ajouta-t-elle.
Terra soupira en pensant qu’ils en voudraient toujours plus et qu’ils ne le laisseraient jamais partir, maintenant qu’ils le tenaient entre leurs griffes. Mais Amy semblait croire à la possibilité qu’ils reprennent leur vie là où ils l’avaient laissée. Il ne voulut pas lui enlever cet espoir, pas tout de suite. Elle déposa l’articulation artificielle dans sa main en lui demandant de ne plus la lancer à qui que ce soit et décida d’aller faire une offre au docteur Reiner. Si les militaires acceptaient de ne pas installer de circuits dans les genoux de Terra, alors il terminerait sa recherche librement et rapidement.
Amy quitta la chambre et emprunta un autre couloir, qui menait au bureau du médecin. Elle fut alors saisie par-derrière : un bras s’enroula autour de sa taille et une main se posa sur sa bouche. Avant qu’elle puisse faire quoi que ce soit pour se débarrasser de son assaillant, il la tira dans une petite pièce dont il referma la porte avec son pied. Elle allait se servir de ses techniques de karaté pour se défaire de lui lorsqu’il murmura à son oreille :
— N’ayez crainte, milady.
Il la libéra. Elle devina que c’était l’ami avec lequel Terra avait si souvent communiqué durant les dernières semaines.
— Chris ?
— Cet endroit n’est pas sûr. Je vous en prie, venez avec moi.
Elle le suivit dans un dédale de corridors et d’escaliers, jusqu’à un petit laboratoire rempli d’ordinateurs, d’écrans et d’appareils électroniques dont elle ne pouvait même pas imaginer les fonctions. Il se retourna vers elle, après avoir verrouillé la porte.
— Êtes-vous Christopher Dawson ?
— Lui-même, à votre service, milady.
Terra avait raison de dire qu’il n’accusait pas son âge. Il était grand et svelte et il avait un visage d’enfant, aux grands yeux bleu sombre. Il portait ses cheveux noirs à l’épaule. En fait, il avait les traits d’un chevalier du Moyen-Âge.
— Comment se porte monseigneur ? demanda-t-il sans cacher son inquiétude.
— Il ne souffre plus, mais il est plutôt contrarié d’avoir été conduit ici contre sa volonté. Il m’a parlé de vous. Il m’a dit que vous étiez son ami.
— Je suis son fidèle serviteur.
— Alors pourquoi l’avez-vous abandonné après son accident ?
— C’est ce qu’il vous a dit ? s’affligea-t-il.
— Il ne vous a pas revu depuis cette terrible nuit.
— Parce qu’on m’a empêché de le visiter à l’hôpital. Et lorsqu’on lui a finalement donné son congé, on a refusé de me dire où il était parti.
— Pourquoi ?
— Parce que je connaissais les intentions des hauts dirigeants à son sujet. Ils m’ont fait des menaces, mais ils savaient bien que cela ne m’arrêterait pas. La liberté de Terra est plus importante que ma propre existence. C’est pour cela qu’ils nous ont séparés.
— Avez-vous travaillé sur son projet ?
— Les murs de cette forteresse ont des oreilles, milady. Je suggère que nous en parlions plus tard, dans le parc au bout de la rue. Je vous y attendrai vers seize heures.
Amy accepta. Il prit sa main et y posa un baiser galant, puis ouvrit la porte. Après s’être assuré que personne ne se trouvait dans le couloir, il la reconduisit jusqu’à la section médicale et s’empressa de disparaître.
Amy se rendit au bureau du docteur Reiner pour lui faire sa proposition. Elle lui demanda aussi de permettre à Donald Penny d’assister à l’opération. Michael lui rappela qu’il ne pouvait prendre ces décisions lui-même, mais qu’il transmettrait son offre aux militaires. Ce fut suffisant pour Amy, qui pensait encore que la Terre était peuplée de gens compatissants.
Elle alla manger une bouchée puis, une fois qu’elle fut certaine de ne pas être suivie, elle se rendit au parc. Elle aperçut Chris Dawson assis en indien sur un banc, profondément perdu dans ses pensées. Il ressemblait davantage à un étudiant d’université qu’à un spécialiste en communications interstellaires. Elle prit place près de lui. Il commença par scruter les alentours, puis se tourna vers elle.
— Je n’ai pas travaillé sur le projet de Terra, l’informa-t-il, mais il m’en a beaucoup parlé. Il était d’une importance capitale pour la conquête de l’espace. C’est d’ailleurs ce qui le rendait si dangereux.
— Vous aviez prévenu Terra des risques qu’il courait, n’est-ce pas ?
— À maintes reprises, mais monseigneur n’en fait toujours qu’à sa tête. Il ne voyait que le côté bénéfique de sa recherche pour la survie de la race humaine. Il refusait de croire aux sombres desseins du sorcier.
Il y avait une grande affection dans les yeux de Chris Dawson lorsqu’il parlait de Terra. Amy devina qu’ils avaient dû être de bons amis. Chris déplia ses longues jambes et se leva doucement.
— Vous ne devriez pas être aperçue en ma compagnie, milady. C’est trop risqué pour vous. Dites à monseigneur que le Prêtre Noir n’hésitera pas à s’en prendre à ses serfs pour obtenir les ingrédients qui achèveront la potion qu’il prépare.
Il embrassa une fois de plus Amy sur le dos de la main, puis se fondit dans la foule qui fréquentait le parc. Amy demeura assise encore quelques minutes, à songer aux périls qui les guettaient, puis elle retourna à l’hôpital plus décidée que jamais à trouver une façon de ramener Terra à Little Rock.
En entrant dans la chambre, elle trouva Terra réveillé, mais silencieux et taciturne. Lorsqu’elle lui répéta les paroles de Chris, son humeur s’assombrit davantage.
— J’aurais dû me suicider quand j’en ai eu l’occasion, maugréa-t-il.
— Je t’en prie, ne dis pas ça.
Terra ferma les yeux : il s’était une fois de plus endormi. Elle le secoua doucement, mais ne parvint pas à le réveiller. C’est alors qu’elle remarqua la marque d’une piqûre sur son bras, en plus du soluté qui coulait dans ses veines. Les médecins texans ne savaient-ils pas que son cœur était faible ? Furieuse, elle se tourna vers la porte pour aller dire sa façon de penser aux médecins. Elle sursauta en se retrouvant nez à nez avec le docteur Reiner.
— Qu’avez-vous fait à mon mari ? se hérissa-t-elle.
— Je suis désolé, Amy, mais mes supérieurs n’ont rien voulu entendre. La première opération est prévue pour ce soir.
— Non ! Pas sans le docteur Penny ! Emmenez-moi chez l’officier en chef ! Je veux lui parler !
Michael ne vit pas de mal à la conduire au bureau du général Howell. Il était plus que temps, selon lui, que les militaires assument la responsabilité de leurs actes. Il l’escorta à la porte du bureau, mais la laissa y entrer seule. Amy se planta devant le général, la tête haute, les yeux chargés de colère.
— Madame Wilder, enfin, fit l’homme en se levant poliment.
— J’exige que vous libériez immédiatement mon mari.
— Il n’est pas notre prisonnier, seulement notre patient. Ses genoux doivent être remplacés, sinon il ne marchera plus jamais.
— Vous ne vous intéressez pas à sa santé, vous voulez seulement mettre la main sur ses résultats de recherche.
— Disons qu’un service en attire un autre.
— S’il consentait à terminer ses travaux, le laisseriez-vous quitter Houston ?
— Nous préférons qu’il les termine ici même. Dès qu’il sera rétabli, nous vous fournirons une villa bien gardée et tout l’équipement dont le docteur Wilder pourrait avoir besoin. C’est le mieux que je puisse faire.
En même temps qu’avait lieu cette discussion, Sarah apparaissait près du lit de Terra. Ce dernier était amorti par les sédatifs, mais il ressentit tout de même sa présence.
— L’intervention de l’armée pourrait t’empêcher d’accomplir ta mission sur la Terre, alors on m’a donné la permission d’intervenir, chuchota-t-elle.
Elle posa ses mains sur les jambes de Terra. Elles se remplirent aussitôt d’énergie et se mirent à briller intensément sous les couvertures. La porte de la chambre s’ouvrit. Sarah disparut aussitôt, ainsi que la lumière. Les infirmiers déposèrent leur patient sur une civière et le transportèrent dans la salle d’opération. Les chirurgiens se mirent au travail dès que Terra fut anesthésié et branché sur le respirateur. Ils incisèrent son genou droit et écartèrent la peau pour s’apercevoir que sa rotule n’était pas artificielle : il s’agissait d’une articulation humaine !
— Mais comment est-ce possible ? s’étonna l’un des deux médecins.
Ils ouvrirent l’autre genou et firent la même constatation. Michael Reiner fut aussitôt appelé à la salle d’opération, où il observa la même chose.
— Peut-il avoir subi une autre chirurgie pendant qu’il était au Canada ? s’alarma Reiner.
— Il n’y a aucune cicatrice récente sur ses jambes. De toute façon, nous lui avons fait des radiographies hier et on y voyait clairement ses rotules artificielles. Ou bien cet homme est un imposteur, ou bien il s’agit d’un…
Le chirurgien s’arrêta avant d’utiliser le mot « miracle ». Michael lui demanda s’ils pouvaient quand même installer les nouvelles puces. Les spécialistes refusèrent. Ils devaient d’abord réviser leurs plans et trouver une façon de driller les os. Ils ne pouvaient pas pratiquer cette opération sans être certains que ces petites merveilles très coûteuses feraient quand même leur travail à cet endroit. On referma donc les incisions et on ramena le patient dans sa chambre, où l’attendait Amy.
Au même moment, Christopher Dawson se dirigeait vers sa voiture après sa journée de travail. Deux officiers de la police militaire l’interceptèrent dans le stationnement et l’escortèrent jusqu’au bureau du général Howell.
— Pourquoi me traitez-vous comme un criminel ? protesta l’astrophysicien.
— Je voulais seulement vous poser quelques questions avant que vous rentriez chez vous, monsieur Dawson. Est-il vrai que vous avez rencontré madame Wilder un peu plus tôt aujourd’hui ?
— Oui, c’est vrai.
— De quoi avez-vous discuté avec elle ?
— Je voulais connaître l’état de santé de Terra.
— C’est tout ce que vous vouliez savoir ?
— Qu’aurais-je pu vouloir savoir de plus ? fit Chris en haussant les épaules.
— Vous avez échangé de la correspondance électronique avec le docteur Wilder au sujet de ses recherches.
— Je lui ai seulement fait part des rumeurs qui circulent ici. Puisqu’il est le principal intéressé, il est normal qu’il soit mis au courant, il me semble.
— Madame Wilder vous a-t-elle parlé de ses genoux ?
— Elle m’a dit que Terra n’était pas très heureux d’être de retour ici.
— Ne changez pas de sujet.
— Non, elle ne m’en a pas parlé.
— Ce sera tout, monsieur Dawson. Je vous serais reconnaissant de ne pas quitter Houston dans les prochains jours.
Chris opposa au général un air de défi. Malgré lui, l’officier appréciait toujours les hommes vaillants et téméraires, même s’ils ne faisaient pas partie de l’armée. Il aurait bien aimé que cet expert soit sous ses ordres. Il laissa l’astrophysicien quitter le bureau. Michael Reiner sortit alors de sa cachette, d’où il avait tout entendu.
— Quelle est votre opinion ? demanda le général.
— Il dit la vérité. Chris Dawson est un as des communications entre la Terre et les modules spatiaux certes, mais pas un chirurgien.
— Mais quelqu’un a pratiqué cette opération sur le docteur Wilder.
Visiblement, Michael n’y comprenait rien non plus. Le général lui donna donc son congé et retourna se poster à la fenêtre pour réfléchir.
Amy examina Terra de la tête aux pieds à son retour dans sa chambre. Elle ne trouva des incisions que sur ses deux genoux. En pleurant, elle caressa le visage livide de l’homme qu’elle aimait en espérant qu’il se réveille, mais il demeura inconscient.
— Terra, je ne sais plus quoi faire…
Elle entendit un frottement à la porte et aperçut l’enveloppe qu’on venait de glisser sur le plancher. Elle la ramassa et l’ouvrit. LE CHÂTEAU TREMBLE DE LA FUREUR DU DRAGON, MILADY. IL SEMBLE QU’UNE MAIN INVISIBLE AIT DÉPLACÉ LES PIÈCES DU JEU DE MONSEIGNEUR. LE DRAGON AURA BESOIN D’UN SACRIFICE POUR ÊTRE APAISÉ ET SES YEUX SE SONT TOURNÉS VERS VOTRE HUMBLE SERVITEUR. JE FERAI PREUVE DE BRAVOURE ET JE LUI TIENDRAI TÊTE. JE RASSEMBLERAI AUSSI TOUS LES CHEVALIERS DU ROYAUME ET NOUS PRENDRONS LA FORTERESSE D’ASSAUT POUR DÉLIVRER LE ROI DU SORCIER. PRÉPAREZ-VOUS À ENTREPRENDRE LE LONG VOYAGE AU PAYS DE LA REINE BLANCHE, QUI SEULE PEUT LE PROTÉGER. SI JE DOIS TOMBER AU COMBAT, PROMETTEZ-MOI DE REMETTRE MON ÂME À DIEU.
La situation était-elle devenue à ce point désespérée ? Amy retourna auprès de Terra. Elle cacha la missive au fond de la poche de sa veste et serra une fois de plus la main de son époux dans la sienne.
— Je suis aussi ton fidèle chevalier, Terra Wilder, murmura-t-elle. Moi aussi j’accepte de mourir s’il le faut pour te sauver la vie.
Elle embrassa ses doigts avec tendresse.